Même si 67% des français avouent ne pas la connaître, vous avez sûrement entendu parler de la RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise). Comme on le sait, elle consiste à “prendre en compte et améliorer les impacts des activités des acteurs économiques dans les domaines du social, de l’environnemental et de l’économique, vis-à-vis de leurs parties prenantes et dans les territoires où ils sont implantés”. Ce qui vaut d’ailleurs pour n’importe quelle organisation et pas seulement l’entreprise.

Mais, si elle peut s’appliquer dans toutes les organisations, y a-t-il une RSE « différente » par fonction ? C’est à dire, une pour les RH, une autre pour les Achats ou les Opérations ? Y aurait-il une RSE différente par secteur d’activité ? Par exemple, qui diffèrerait entre le secteur Agroalimentaire, celui du Numérique ou du Transport ? Ou encore, une RSE différente en fonction de la taille de l’entreprise ? Et, pour finir, l’approche RSE diffère-t-elle dans le cadre d’une mission de Management de Transition ?

Une approche RSE qui diffère selon la fonction ?

On pourrait penser que les enjeux sociétaux et environnementaux propres à chaque grande fonction de l’entreprise nécessitent une prise en compte et des outils RSE différents. Plusieurs raisons d’y opposent :

  • La RSE suppose une approche globale, « holistique » de l’entreprise, à l’opposé de démarches privilégiant tel ou tel enjeu ou fonction ;
  • L’engagement de l’entreprise responsable n’est pas l’affaire du seul DRH, du seul DirCom, DG, du seul CODIR, d’une seule personne portant l’enjeu RSE (même erreur à éviter que pour la Qualité, la Sécurité etc.);
  • Les domaines d’application de la RSE sont transverses et impliquent toutes les fonctions, qu’ils soient environnementaux, de gouvernance (prévention de la corruption par exemple, intégration dans la stratégie…) ou sociétaux (impact sur les territoires d’implantation, relations avec les parties prenantes…) Il en est de même pour la Qualité ou la Sécurité du travail.

Selon le domaine d’activité et les priorités RSE, la dynamique RSE peut être portée par la fonction RH, la fonction Finance, QHSE etc. mais en aucun cas les autres entités ne doivent se sentir déchargées de la démarche et de l’engagement. Ce qui milite en faveur d’un rattachement direct à la Direction Générale, d’autant plus aisé dans une ETI ou PME.

 

Les Labels Sectoriels RSE

Il existe un standard dominant en matière de RSE : l’ISO 26000/10. C’est une recommandation et non une norme et, bien qu’étant structurée, elle permet une certaine latitude dans son application. A la différence de l’ISO 9001, bien connue, celle-ci ne donnera pas lieu à certification mais à labellisation. En ce sens, elle ne valide pas une “conformité” mais un niveau de maturité et une dynamique de progrès

 

Pour en revenir à notre sujet, un reproche qu’on pourrait faire à l’ISO 26000 (et qui lui a déjà été fait) est que précisément elle ne tient compte ni des secteurs d’activité ni de la taille ou de la nature des entreprises. Mais c’est aussi pour cela que tout le monde peut se l’approprier et la décliner.

Lucie 26000 comme organisme de labellisation 

La tendance à la sectorisation de la RSE est actuellement visible à l’œil nu. A titre illustratif, le Label Lucie propose des labels sectoriels dans les domaines suivants :

  • Banques et crédits coopératifs (Lucie Banque)
  • Organismes de formation (Lucie OF)
  • Entreprise et organisations de petite taille (Lucie TPO)
  • Logement social
  • Services à domicile à la personne (SNADOM)
  • et le plus récent, pour les collectivités territoriales, Lucie Collectivités, inaugurée par la CCVHA (Angers).

Elles ne doivent pas être confondues avec les approches thématiques que la Communauté Lucie 26000 propose également, telles que :

  • Labels Environnementaux (Ecocert, Lucie Envol…),
  • Promotion des Achats Responsables (Ecovadis)
  • Label Numérique Responsable concernant toutes les entreprises et pas seulement les Entreprises de services numériques, avec l’Institut du Numérique Responsable, etc.
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Des organismes de labels engagés responsables

D’autres organismes comme L’AFNOR proposent également des labels sectoriels (engagé responsable). On peut citer aussi les initiatives encouragées (à titre expérimental pour l’instant) par la plate-forme RSE- France Stratégie parmi lesquelles:

  • Association des Agences-Conseils en Communication (AACC)
  • Association française des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle (AFISE)
  • Coop de France
  • Fédération des SCOP BTP
  • Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (UNICEM)
  • Union nationale des industries de l’impression et de la communication (UNIIC)
  • Vignerons en développement durable
  • Confédération nationale artisanale des instituts de beauté et des Spas (CNAIB SPA)
  • Fédération SYNTEC
  • Union française des métiers de l’evénement (UNIMEV)
  • etc.

 

Au delà des Labels…

Au-delà des labellisations, d’autres acteurs se sont donné pour mission de promouvoir les approches sectorielles RSE.

Le MEDEF, conjointement à l’ORSE (Observatoire de la RSE), a publié un guide des initiatives sectorielles (via les Fédérations). Enfin, chez les financiers (donc ISR et ESG plutôt que RSE), on peut citer par exemple les approches sectorielles du Crédit Agricole (énergie, immobilier, mines et métaux, transports…) ou BNP Paribas (défense et sécurité, énergie, agriculture…). Des fonds d’investissements responsables ou « à impact » privilégient, par exemple, l’innovation dans le domaine de l’éco-responsabilité ou de l’Intelligence Artificielle.

Les raisons de ce déploiement d’initiatives sectorielles RSE mériteraient qu’on s’y attarde. Elles reflètent en tout cas l’homogénéité des pratiques et des enjeux RSE au sein d’un même « métier » ou d’une même « branche » (cela a sans doute quelque chose à voir avec les soubassements des anciennes corporations de métiers sous l’Ancien Régime…mais ça mériterait un article entier).

Les approches sectorielles n’épuisent cependant pas la problématique RSE de l’entreprise ou de l’organisation, elles ne font que décliner, de manière pragmatique et appliquée à un type de situation donnée, les enjeux et principes d’action qu’on trouve par exemple dans l’ISO 26000.

 

Les PME, ETI, Grands Groupes et la RSE

Si l’on examine maintenant la question de la taille de l’entreprise en relation avec la RSE, il faut avant tout déterminer quelles sont les spécificités de chacune. En ce qui concerne les PME, leurs particularités sont en contraste total avec celles des ETI et grands groupes, et celles-ci doivent être prises en compte dans l’amorçage et le déploiement d’une démarche RSE :

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  • Taille humaine (avec les avantages et les inconvénients)
  • Organisation très compacte et multifonctions
  • Le dirigeant est souvent le créateur/fondateur
  • Parties prenantes souvent plus puissantes et peu dépendantes
  • Circuits d’information et de décision très courts et rapides
  • Une culture du management construite par l’expérience du terrain, plus marquée par la dimension émotionnelle
  • Des moyens financiers limités et une plus forte vulnérabilité économique
  • ET, en général, une attirance limitée pour la RSE et le Développement Durable (mais pas forcément pour l’écologie) ainsi qu’une grande méfiance à l’égard des institutions et des obligations réglementaires de reporting…

Une fois ces attributs identifiés, on distingue que c’est essentiellement dans sa gestion que le projet RSE différera. En somme, dans l’approche, le rythme, les outils, mais pas dans son contenu.

 

La RSE au cours d’une Mission de Management de Transition

Étant moi-même consultant RSE et manager de transition, je me suis posé la question suivante : y-aurait-il une déclinaison de la RSE auprès des managers de transition ?

Avant de répondre à cette question, je me permets de faire un rappel sur ce qu’est le management de transition. Cela consiste à confier de manière temporaire les rênes d’une entreprise ou de l’un de ses départements, filiales, à un expert externe. Ainsi, le métier recouvre un nombre incalculable de domaines d’expertises qui se déclinent par fonction.

Sauf exception, on ne peut pas demander à un manager de transition DRH, DAF ou DSI, Achats, etc. de prendre en charge un projet RSE. Sauf si c’est un DRSE qui effectue une mission pour justement la déployer au sein d’une organisation ! En revanche, un Manager responsable (comme peuvent l’être par exemple les Managers de Transition de LouerUnManager) aura à coeur de faire le job, mais aussi de tenir compte au moins implicitement des enjeux RSE qu’il rencontrera.

Pourquoi ? Parce que la RSE est un excellent outil de repérage des risques d’entreprise, quels qu’ils soient. Il faut donc que les MT dans leur(s) spécialité(s) aient des notions de RSE très générales, mais aussi appliquées à leur domaine. Ainsi, j’ai pu constater à travers LouerUnManager que la RSE est prise en compte sur plusieurs niveaux :

  • La Communauté LouerUnManager est engagée dans une démarche RSE (c’est le cas de Louerunmanager avec Lucie 26000)
  • Les Managers de Transition de la communauté ont au minimum une sensibilisation RSE et si possible une formation en bonne et due forme. C’est en fait la conséquence automatique de l’engagement de la société, puisqu’il doit impliquer l’ensemble de ses membres, salariés ou non;
  • Certains MT ont une expertise RSE obtenue auprès d’organismes tels que Lucie 26000, Bureau Veritas, l’AFNOR, etc. ou partiellement RSE (Ecocert par exemple dans le domaine environnemental, Numérique Responsable auprès de l’Institut du Numérique Responsable etc.

De ce fait, on permet ici de rejoindre les notions “d’Impact Manager” et de “Management Responsable”.

 

RSE : Une diversité sectorielle et dans les démarches

On le voit, direction générale et fonctions-clés, secteurs d’activité, problématiques spécifiques selon la taille de l’entreprise, l’enjeu de la RSE trouve à chaque fois des outils adaptés à cette diversité.

On l’a dit plus tôt, l’ISO 26000/2010 est et reste pour plusieurs années une recommandation labellisable et non pas une norme auditable ou certifiable, ce qui correspond bien à la notion de démarche volontaire et responsable. Cela laisse une grande latitude pour la mise en œuvre des démarches RSE, qui peuvent se répartir en deux grandes catégories :

  • Evaluation du niveau de maturité RSE à un instant donné (score minimum à obtenir)
  • Evaluation de la dynamique de progrès et de l’engagement, quel que soit la maturité RSE de l’organisation évaluée en vue de sa labellisation.

La réalité est un mix des deux. Il faut tout de même un minimum de maturité d’une part et, d’autre part, de bonnes intentions qui doivent se concrétiser assez rapidement.

Dans la même veine, certains organismes d’évaluation/labellisation se contentent d’une analyse documentaire très poussée alors que d’autres s’imposent une visite sur site. En effet, on « sent » énormément de choses en se déplaçant dans les locaux, en discutant avec les personnes, en interrogeant les parties prenantes, etc.

La déclinaison du référentiel ISO 26000 présente des variantes selon les organismes de labellisation ; certains sont davantage tournés vers l’international (comme par ailleurs la norme SA 8000) et d’autres vers les ETI/PME.

En conclusion, on peut constater que la démarche RSE est d’abord un état d’esprit et une façon d’envisager l’entreprise, avant d’être un standard, une méthodologie ou une boîte à outils. Mais elle doit tout de même être mesurable, et mesurée…

 

Laurent BARTHELEMY

 

Après 30 années dans l’industrie et 3 années dans un fonds d’investissement ISR (investissement socialement responsable), je suis maintenant consultant en éthique des affaires, ingénierie des systèmes et maîtrise des risques depuis 2015 (www.hyperionlbc.com ), Manager de Transition (notamment RSE) chez Louerunmanager, membre de Diagnostic Management et consultant Lucie 26000 et SA8000.